6 avril 1853

« 6 avril 1853 » [source : BnF, Mss, NAF 16373, f. 349-350], transcr. Bénédicte Duthion, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d21515e434, page consultée le 01 mai 2026.

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D’après ce que tu m’avais dit hier au soir, mon cher petit homme, je comptais presque sur une promenade aujourd’hui, mais je vois l’heure qui s’avance et l’ombre de mon nez qui grandit en raison de mon désappointement. Je ne t’en fais pas un crime mais peut-être si je cherchais bien aurais-je le droit de t’en faire un reproche. Après cela à quoi cela servirait-il ? Dans le doute je m’abstiens. D’autant plus que j’ai un commencement de migraine et de courbature qui ne se trouverait probablement pas trop bien de la locomotion. Tout est donc pour le mieux, y compris les tremblementsa de terre, AIMÉE et la PHOTOGRAPHIE dans la moins mauvaise des îles. Du reste voilà le temps remis au beau pour le retour du bon petit Charlot, ce qui me remet du baumeb dans le cœur. J’espère que de ton côté tu es tout à fait tranquille. Cette pensée me donne le courage et la patience de t’attendre sans tristesse et sans amertume, mon doux adoré. Tâche pourtant de n’en pas abuser pour venir ce soir à 7 h. moins cinq minutes et puis pense à moi et aime-moi si tu peux.

Juliette


Notes manuscriptologiques

a « tremblement ».

b « beaume ».


« 6 avril 1853 » [source : BnF, Mss, NAF 16373, f. 351-352], transcr. Bénédicte Duthion, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d21515e434, page consultée le 01 mai 2026.

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Tu vois par l’heure de ces gribouillis que je ne suis pas en avance, mon cher petit bien-aimé, cela tient à ma misère profonde. Depuis ce matin je raccommodea ou plutôt je RABOBINE un tas de guenilles et de loques qui ne valent pas la peine d’être blanchies. C’est à cela que j’attribue mon mal de tête et ma courbature. Car il m’est impossible de coudre longtemps sans souffrir. Mais c’était aujourd’hui la blanchisseuse et puis Suzanne n’a plus le temps de coudre de sorte qu’il faut bien que je m’exécute bon gré mal gréb. Tout autre que vous serait attendri par cette complainte mélancolique et DÉCHIRÉE mais les rochers se fendront avant que votre férocité s’amollisse devant mon infortune. Aussi j’y renonce et je prendrai…… le seul parti raisonnable…. dans la ceinture. Telle est ma grandeur. En attendant je me résigne aux mouchoirs à gigots, aux chemises sans manches et aux manches sans corps. Il faut bien que je m’habitue à mon corps sans âme pendant votre absence, ce qui m’est bien autrement pénible, je vous assure.

Juliette


Notes manuscriptologiques

a « racommode ».

b « malgré ».


« 6 avril 1853 » [source : BnF, Mss, NAF 16373, f. 353-354], transcr. Bénédicte Duthion, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d21515e434, page consultée le 01 mai 2026.

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Tu as bien fait, mon cher petit homme, de me forcer à sortir de mon apathie rageuse et de ma maison morose pour aller avec toi. Je reconnais que tu as eu mille fois raison au bien que cela m’a fait et au bonheur que j’en ressens. Merci, mon cher petit bien-aimé, merci, tu as raison toujours, excepté quand tu veux me forcer à aimer les puces et à chanter leurs louanges en latin. Ce petit travers ôté, je te reconnais parfait pour dans une île. Il paraît, mon Victor, que c’est lundi matin que le navire hollandais s’est perdu corps et biens et non pas dans la nuit de lundi. Les quatre coups de canon que nous avons entendus étaienta pour faire savoir au docteur Jones qu’on réclamait sa présence au fort Sainte-Elisabeth comme s’il n’aurait pas été plus simple d’envoyer chercher ce Diafoirus1 sans troubler le repos des habitants et causer des émotions douloureuses à ceux qui pensaient que c’était un bâtiment qui sombrait. Décidément le Jersiais mêlé et tordu d’Anglais fait un peuple bien absurde et bien digne d’être chinois. Quant à moi la félicité la plus parfaite continue d’être mon partage et je vous adore du haut en bas.

Juliette


Notes

1 Personnage de médecin incapable et prétentieux du Malade Imaginaire de Molière, dernière pièce dans laquelle Juliette ait joué en novembre 1833.

Notes manuscriptologiques

a « entendu était ».

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

elle s’inquiète des séances de spiritisme à Marine-Terrace, dont elle est exclue, et qui lui semblent des diableries.

  • 6 septembreArrivée de Mme de Girardin chez les Hugo ; elle va initier ses hôtes aux tables parlantes à partir du 11 septembre.
  • 21 novembreChâtiments.